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samedi 14 décembre 2013

Que votre oui soit oui ! avec Alexandre Jollien


La parole de Dieu me propose un sain usage de la parole et me délivre du vain bavardage. Dans ma salle de bains traîne une vieille affiche sur laquelle je lis chaque jour : « Ne pas commenter. » Or, l’ascèse se révèle plus délicate que prévue, car je me sens congénitalement enclin, programmé presque, à (dis)qualifier ce qui arrive. Et tant d'étiquettes, de théories fumeuses, de regrets inutiles défilent dans le mental.

Je sors pour me rendre en tricycle chez le médecin. Je m'aperçois que la chaîne a déraillé devant et derrière. Et, ça ne manque pas, les petits vélos s’activent et mille considérations s’enchaînent, mais vainement : « Ça ne peut pas être un hasard ! Qui est l'imbécile qui m’a joué ce mauvais tour ?» Au lieu d’activement chercher une solution, je m’encombre jusqu’à ce que j’entende un grand « stop ».

Le commentaire se tait bientôt et, sans davantage dilapider mon temps, de bon pas, je regagne enfin le cabinet médical. Toutes les palabres, les jurons ne servent à rien. Un enfant, un saint, n’emprunterait pas le tortueux détour de la pensée qui nous perd bien des fois. Je crois que s’abandonner à la divine providence c’est peut-être être profondément ajusté à ce qui advient, sans discuter le réel ni se résigner.

Récemment, je me heurtais aux affres d’un refus de l’administration. Alors, des voix m’ont dit que c’était la volonté du Très-Haut que je connaisse l’échec. D'abord, il faut être sacrément prudent pour évoquer les desseins de Dieu. Tentation est grande de l’associer uniquement à ce qui est pesant. N’est-ce pas aussi la joie de Dieu que je rie ou que je n’aie pas trop de douleur en cette heure ? Bref, Dieu n’est pas un triste sire qui nous enverrait tuile après tuile pour nous aguerrir ou nous éprouver. Devant mon désarroi, un ami m’a laissé un texto : « J’appelle l'administration illico, je vois comment régler le problème et je prie. » Aucun fatalisme mais une grande foi, voilà une bienveillance qui m’a, ma foi, profondément soulagé.

Dans l’Évangile, il n’y a aucun mot de trop, aucune banalisation de la souffrance. Et Jésus, prophète par excellence, n’est jamais un beau parleur. Le Fils de l'homme me livre une sagesse de la parole qui éclaire mon action : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non ; tout le reste vient du Mauvais! » Les enfants connaissent cette rigueur. Et, avouons-le, le mensonge est bien souvent l’affaire des grands. Et si je commençais par gagner en vérité pour que mon oui soit oui et que mon non soit non. Il y a un gouffre entre la simplicité nue et le simplisme.

Certes, la nuance est une vertu intellectuelle et l’une des plus remarquables. Cependant, être clair, précis, sans fioritures, vierge de sous-entendus n’est pas une mince affaire. C’est au contraire un sommet, une perfection. Hier, j’ai demandé à mon fils s’il était heureux. Ses mots ont révélé, par contraste, la complexité de ma vie : « Oui, papa. » Pourquoi de longues phrases pour dire l’essentiel ?

Le chemin nous convie à revenir au réel pour répondre au mieux à l’appel de la vie et du fond du cœur. Afin que notre oui soit un oui à 100 %, pour qu’il ne nous soit pas arraché du bout des lèvres mais surgisse du fond de notre être, abandonnons mille fois par jour s’il le faut tous les jugements qui nous empêchent de vivre et d’avancer sans aigreur.

Et si je descendais au plus profond de la rencontre pour découvrir mon prochain dans son « anonymat », insondable mystère qui se tient au-delà de tout nom.


Source La Vie


samedi 7 décembre 2013

Les conseils d'Anselm Grün pour prier pendant l'Avent

Le moine et auteur à succès Anselm Grün, qui vit et prie depuis 50 ans selon la règle de saint Benoît à l’abbaye de ­Münsterschwarzach, en Bavière, nous livre ses conseils pour vivre une vraie démarche spirituelle en attendant Noël. 



1. Priez avant les choix ou après les moments forts 
Après avoir guéri les nombreuses personnes qu’on lui a amenées, Jésus se retire dans un lieu désert pour y prier. La prière lui est manifestement indispensable en tant que lieu où il se sait relié au Père. Avant d’appeler ses disciples, Jésus passe la nuit entière à prier Dieu. Il sent que c’est à partir de cette intimité avec Dieu qu’il doit décider et agir. Ce n’est qu’ainsi qu’il aura une bonne relation à sa mission. Autrement, Jésus courrait le risque de se laisser conduire par ses émotions et non par la volonté de Dieu.

2. Méditez les trois cantiques évangéliques 
Dans son récit de l’enfance, l’évangéliste Luc nous transmet des prières liturgiques. Le prêtre Zacharie prononce le chant de louange du Benedictus, Marie le ­Magnificat, et le vieillard Siméon le Nunc dimittis. Ces trois prières ont été composées à partir de prières de l’Ancien ­Testament. L’Église a intégré ces trois chants à sa liturgie des heures : à sa louange matinale des laudes le Benedictus, aux vêpres le Magnificat, et aux complies le Nunc dimittis. Ces trois prières à forme fixe nous invitent à méditer, face à Dieu, l’action de Dieu dans l’histoire d’Israël, l’action de Dieu en Jésus-Christ et l’agir de Dieu dans notre propre vie, et à louer Dieu parce qu’il a fait et ne cesse de faire pour nous et en nous de grandes choses. Trois prières qui dans leur forme fixe nous invitent cependant à exprimer devant Dieu nos expériences personnelles.

3. Dialoguez avec Dieu dans le secret 
Dans l’enseignement de Jésus sur la prière, ce qui me plaît le plus, c’est cette parole de Jésus dans l’Évangile selon saint Matthieu : « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là dans le secret » (Mt 6, 6). La prière est dialogue avec Dieu dans le secret. Prier signifie me retirer seul dans la chambre intérieure de mon propre cœur pour y rencontrer Dieu, qui habite en moi dans ce lieu secret de mon âme. Prier signifie découvrir en soi l’espace intérieur de silence, et y devenir un avec Dieu.


source : La Vie

jeudi 5 décembre 2013

La culture de la Joie avec le Pape François



"Chères familles, vous le savez bien : la vraie joie que l’on goûte en famille n’est pas quelque chose de superficiel, elle ne vient pas des choses, des circonstances favorables… La vraie joie vient d’une harmonie profonde entre les personnes, que tout le monde ressent en son cœur, et qui nous fait sentir la beauté d’être ensemble, de nous soutenir mutuellement sur le chemin de la vie...."

"La culture du bien-être, qui nous amène à penser à nous-même, nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon, qui sont belles, mais ne sont rien ; elles sont l’illusion du futile, du provisoire, illusion qui porte à l’indifférence envers les autres, et même à la mondialisation de l’indifférence."

Pape François

samedi 30 novembre 2013

1er dimanche de l'Avent


...L’arrivée d’Internet dans nos vies quotidiennes habitue nos enfants à la satisfaction instantanée de toutes leurs envies. Au point que le moindre délai devient intolérable.
Dans ce climat d’hyperconsommation et d’immédiateté, l’un des grands défis éducatifs est bien d’apprendre à nos chers petits à gérer le sentiment de frustration. Désirer, attendre, savoir différer le plaisir en acceptant la notion d’étape, voilà un atout majeur pour qu’ils soient heureux dans la vie. Avoir grandi dans une famille où l’on a cultivé le goût de l’attente est une chance. Pas facile pourtant : forfaits illimités, e-commerce, accès toujours plus précoce aux nouvelles technologies, tout joue contre les efforts des parents à transmettre la vertu de la patience qui est, pour les philosophes, non pas un but en soi, mais une voie de sagesse, un chemin spirituel.

Les quatre semaines de l’Avent sont une période privilégiée pour expérimenter en famille, sans grand discours, le plaisir d’une attente riche de la promesse qu’elle contient. Bien plus que dans le jour même du 25 décembre, le mystère de la joie de Noël n’est-il pas entièrement contenu dans le temps qui le précède ? Cette fête dont le paroxysme a lieu dans le silence d’une nuit toujours étoilée est avant tout celle de l’espérance, du latin sperare, attendre. Et c’est justement ce qui est le plus excitant : décorer, inviter, cuisiner, trouver, emballer, imaginer la joie de ceux qu’on aime, anticiper le plaisir des retrouvailles. On peut facilement mettre en valeur l’aspect positif du délai, du désir qui monte jusqu’à la nuit merveilleuse, en s’appuyant sur les nombreux rituels qui jalonnent le mois de décembre.

« Noël est une fête puissante pour les enfants, souligne pour sa part Lise Bartoli, psychologue clinicienne, auteur de l’Art d’apaiser son enfant (Payot, 2010). Ils perçoivent chez leurs parents un afflux d’émotion qui les touche beaucoup. Généralement, ce sont des émotions positives, une joie très simple qui se partage à travers les rituels familiaux de préparation. Ces objets qu’on ressort chaque année des cartons, ces odeurs de clémentine et de sapin sont des supports pour magnifier l’attente. Cette fête précède le début d’une nouvelle année et marque une naissance. Elle porte une dimension de “passage”, avec ce que cela constitue de temps fort de la vie. » C’est aussi l’avis de la psychanalyste Catherine Ternynck. « Cette ponctuation des jours par des rituels permet de retrouver une scansion du temps qui est en train de disparaître complètement avec la banalisation commerciale du dimanche. L’Avent est l’un des rares moments de l’année où l’on se prépare à quelque chose qui nous dépasse, nous ouvre à la grâce, à l’émerveillement, à la gratitude. »

Pour les adultes, s’investir dans ce partage du temps familial suppose de ralentir, de se poser pour savourer aussi cette préparation. « Si nos enfants ont un rapport problématique au temps, c’est aussi parce que courir est de rigueur aujourd’hui, rappelle Catherine Ternynck. Nous vivons dans la précipitation. » Du coup, dire à son enfant : « Pas maintenant », « Plus tard » face à une demande de portable, une demande de sortie, ou une barre chocolatée avant le dîner réclame conviction et confiance en soi. « La mission des parents est précisément de résister à la facilité d’aller au plus court. Le désir se nourrit de l’attente, encore faut-il avoir appris à la supporter et mieux encore à la goûter. »...

Chaque soir, une petite activité à réaliser avec ses enfants, et un bon moyen de s'imprégner de l'esprit de Noël.

source La Vie


mardi 26 novembre 2013

Trois conseils d'un moine bénédictin pour cultiver son énergie spirituelle

Benoît Billot est bénédictin, moine dans la ville au prieuré d’Étiolles, dans l’Essonne. Adepte du zazen, il a fondé en 1989 la Maison de Tobie.

Le premier point, et le plus important, est de dire OUI à la vie.

Pour certains, ce oui est tout à fait naturel, comme s’il était inscrit dans leur ADN psycho-spirituel. Pour d’autres, il est beaucoup plus difficile ; ces personnes sont donc appelées à regarder positivement les petits événements quotidiens : le temps qu’il fait, la personne rencontrée, le travail demandé, l’état de santé…etc. Travail de tous les instants qui, à la longue, change le regard sur l’existence et ouvre la personne à une large acceptation de l’énergie de vie.

Le second est de prêter attention à l’énergie vitale.

Elle se fait sentir à tous les niveaux de la vie humaine. Physique : je respire, je mange, je digère, je marche… Relationnel : mes contacts avec les personnes que j’aime, ma famille, mes insertions sociales ou professionnelles... Culturel : j’aime me cultiver, étudier, comprendre… Spirituel : je me soucie de mon intériorité, je me tourne vers l’Infini… Regardons tous ces domaines et apprécions le désir qui les vivifie, l’étonnante santé qui nous permet de tenir notre place dans la vie. Quelle chance de ne pas être des légumes ! (Je n’oublie pas cependant que les légumes eux même sont traversés par l’énergie de croissance et de maturité !).

Le troisième est de se tourner vers la Source de cette énergie.

Dans sa réalité la plus profonde, elle n’est pas une fabrication automatique de notre biologie, elle n’est pas non plus un du. Je peux découvrir qu’elle est un don qui vient de l’Au-delà. Chacun se fait une idée sur le « donateur » : est-ce le Taô ? La grande Vie ? Brahman ? La tradition judéo-chrétienne y reconnait l’œuvre de l’Être Divin, qui insuffle sa force à ses créatures, après les avoir lancées dans l’existence (Voir Genèse 2, 7). Quel que soit le visage que l’on donne à cette divine origine, il est important de garder la conscience que l’énergie qui anime notre vie nous est donnée, et qu’il faut savoir remercier. La prière d’action de grâce permet à l’Homme de cultiver ce don et de l’utiliser de façon juste.

Benoît Billot 
source : La Vie